L'idée géniale !

Il aura fallu du temps...

L'art de laisser reposer le texte...

La quatrième de couverture...

La communication (bis)...

Si l’on considère que mettre des idées sous forme d’un écrit long fait de quelqu'un un écrivain, alors j’en suis un.

Et les idées ne me manquent pas, bien au contraire !

Le seul point délicat dans tout ça, c’est qu'elles ne préviennent pas lorsqu’elles arrivent ; ceci pouvant se produire en plein milieu de la nuit, en roulant en voiture, ou bien au cours d’une séance de dédicaces (comme pour « 32 possibilités »). Ces petites choses-là apparaissant furtivement, il faut les noter. Certains auteurs célèbres ont révélé avoir toujours un petit calepin près d’eux, afin de saisir la fulgurance au vol.

Ce n'est pas mon cas, et si l'idée géniale me heurte la nuit, tant pis, je dors ! Par contre, s’il fait jour, je la note sur un bout de papier qui traîne là, ou au pire sur mon téléphone. En cas de manque de support sur lesquels noter (et seulement dans ce cas-là), j’essaye de faire confiance à ma mémoire…

Erreur monumentale ! La mémoire (du moins la mienne) est volatile.

En conclusion de tout cela, on peut donc sereinement dire que j’ai plusieurs fois manqué d’écrire des Best-sellers !

Je viens de vivre ce moment tant redouté par les écrivains de tous horizons : l’angoisse de la page blanche.

Ayant jusqu’à présent été épargné par ce phénomène, et allant jusqu’à penser qu’il puisse être seulement l’apanage des autres, je n’y prêtais pas vraiment attention. 

Pourtant, il y a trois semaines environ, elle s’insinue dans mon esprit. Sans l'avoir vue venir, je n'ai soudain plus rien à raconter, ou alors si peu intéressant que l’écrire n’aurait été que remplissage insipide et fuite en avant. Les personnages m’échappent ; les situations dans lesquelles ils se débattent m’apparaissent nébuleuses ; et au final, je ne vois pas où tout cela me mène. Je suis perdu dans mon texte !

Vient alors la phase « coupe intensive » ; phase consistant à supprimer une bonne part du texte, tranchant à la va-vite dans ce manuscrit devenu source de tracas, peu importe que ces coupes dénaturent l’histoire. Un tiers de mes écrits disparaît dans la corbeille.

Passé cet acte libérateur (et effrayant), je me pose, suivant les préceptes de grands auteurs. Je laisse reposer mon cerveau et abandonne mon histoire pendant quinze jours. Passé ce délai, je remets le nez dans le manuscrit.......... et ressors ce que j’avais précédemment supprimé (merci les sauvegardes).

Contrairement à ce que j’avais pensé de prime abord, l’histoire se tient et semble valoir le coup d’être racontée. 

L’angoisse me quitte. Ouf, ce n'était que passager...

C’est un art, oui. Celui de la patience !

Car une chose est sûre, il en faut pour laisser mûrir le texte, procéder encore et encore à des relectures, des corrections, des coupes, et autres grandes phases de remaniement de mots. 

Si je parle de cela, c’est parce qu’aujourd’hui je m’apprête à repasser une commande chez l’imprimeur, mon stock étant épuisé (you ouh – cri contenu). Alors, tant qu’à imprimer une grosse quantité de livres, autant corriger ce qui doit l’être. Je suis donc en train de relire le manuscrit à la recherche des dernières fautes, de lourdeurs dans certaines tournures de phrases, de détails (parfois mentionnés par les lecteurs) qui méritent d’être retouchés, etc.

Comme j’en trouve (hélas), je réalise que je n’ai pas laissé encore assez de temps à mon texte pour se reposer. Pas que la version du roman sortie en fin d’année dernière ait été bâclée, juste qu’il est clair que l’on peut toujours faire mieux.

La quête de la « version ultime » est longue... et vaine (à mon humble avis). Car après avoir pourtant écrit trois romans, je me rends compte que pour tenter de s’en approcher, il faudrait laisser le manuscrit de côté encore plus longtemps, jusqu'à presque oublier son existence, ceci afin de le redécouvrir avec un œil neuf. 

Malheureusement, il est pratiquement certain qu'à le laissez reposer un peu plus longtemps encore, vous trouviez à nouveau quelque chose qui cloche...

Pour ceux qui l’ignorent, c’est le nom donné à la face arrière du livre, où est généralement écrit un petit texte présentant son contenu. Pour un roman, il s’agit de livrer les grandes lignes de l’intrigue, mais sans la « divulgacher » (comme diraient les Québécois).

C’est un équilibre difficile à trouver, d’autant plus pour l’auteur, qui connaît l’intégralité des tenants et des aboutissants… Il peut donc peiner à trouver où mettre le curseur des révélations. C’est pourquoi (en général) quelqu’un d’autre s’y attelle au sein des grandes maisons d’édition. Pour ma part, je rédige une dizaine de versions de ce fameux petit texte dit « de 4e », puis je le soumets au comité de lecture qui m’aide à « trancher ».

Jusqu'ici, elle n'avait jamais changé, une fois validée. Je viens pourtant de faire une exception en la modifiant pour le deuxième tirage de "Point(s) de vue".

C'est un équilibre difficile à trouver, je vous assure...

Encore et toujours cette satanée com' !

Vous pouvez bien écrire le "meilleur roman du monde", si vous n'êtes pas visible, vous n'en vendrez pas !

Loin de moi l'idée de prétendre l'avoir fait, mais force est de constater qu'en dehors même des qualités/défauts de mes romans, je dois sans cesse aller les vendre. Que je relâche ne serait-ce qu'une semaine mes efforts, et la courbe des ventes chute inexorablement. J'en suis à plusieurs mois sans rien faire, vous imaginez...

C'en est déprimant, et pour deux raisons.

D'une, parce que vous vous rendez compte que vous ne pouvez vivre de votre prose sans réaliser de gros volumes de ventes (marges beaucoup trop faibles); et deux, nous sommes dans une société relevant d'un triste système du  "visuel/image/présence/absence/oubli". Nous en sommes à un point tel que le roman (autrefois finalité) semble devoir secondaire dans la vie d'un écrivain.

J'en mesure chaque fois la triste réalité lorsque je me penche sur le côté communication...


Julien Morit - auteur de "Cent minutes" et "32 possibilités"

Julien Morit

8080mots, Julien Morit, numéro 1

Cent minutes, 32 possibilités, numéro 1